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    March 08

    Voir


    Voir la rivière gelée
    Vouloir être un printemps
    Voir la terre brûlée
    Et semer en chantant
    Voir que l'on a vingt ans
    Vouloir les consumer
    Voir passer un croquant
    Et tenter de l'aimer

    Voir une barricade
    Et la vouloir défendre
    Voir périr l'embuscade
    Et puis ne pas se rendre
    Voir le gris des faubourgs
    Vouloir être Renoir
    Voir l'ennemi de toujours
    Et fermer sa mémoire

    Voir que l'on va vieillir
    Et vouloir commencer
    Voir un amour fleurir
    Et s'y vouloir brûler
    Voir la peur inutile
    La laisser aux crapauds
    Voir que l'on est fragile
    Et chanter à nouveau

    Voilà ce que je vois
    Voilà ce que je veux
    Depuis que je te vois
    Depuis que je te veux.
     
    Jacques Brel - 1958
    February 18

    Tu seras un Homme, mon fils.

     
    Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
    Et, sans dire un seul mot te remettre à bâtir
    Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
    Sans un geste et sans un soupir.
     
    Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
    Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
    et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
    Pourtant lutter et te défendre.
     
    Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter les sôts,
    Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
    Sans mentir toi-même d'un mot.
     
    Si tu peux rester digne en étant populaire,
    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
    Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.
     
    Si tu sais méditer, observer et connaître,
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
    Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître
    Penser, sans n'être qu'un penseur.
     
    Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
    Si tu peux être brave et jamais imprudent,
    Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
    Sans être moral ni pédant.
     
    Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
    Et recevoir ces deux menteurs d'un même front.
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
    Quand tous les autres la perdront.
     
    Alors, les rois, les dieux, la chance et la victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
    Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,
    Tu seras un homme, mon fils.
     
    Rudyard KIPLING

    La Rose et le Réséda.

     
    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats
    Lequel montait à l'échelle et lequel guettait en bas

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas
    Que l'un fut de la chapelle et l'autre s'y dérobât

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Tous les deux étaient fidèles des lèvres du coeur des bras
    Et tous les deux disaient qu'elle vive et qui vivra verra

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat
    Fou qui songe à ses querelles au coeur du commun combat

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Du haut de la citadelle la sentinelle tira
    Par deux fois et l'un chancelle l'autre tombe qui mourra

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat
    Lequel plus que l'autre gèle lequel préfère les rats

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas
    Et quand vient l'aube cruelle passent de vie à trépas

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Répétant le nom de celle qu'aucun des deux ne trompa
    Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu'il aima
    Pour qu'à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat

    Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
    L'un court et l'autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
    Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
    Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
    L'alouette et l'hirondelle la rose et le réséda
     
    Louis Aragon

    L'être d'un guérisseur Philippin.

     
    Dieu est mon père.
    L’univers est mon chemin.
    L’immortalité est ma vie.
    La vérité est mon culte.
    La forme est ma manifestation.
    La paix est mon abri.
    L’obstacle est ma leçon.
    La joie est mon hymne.
    Le travail est ma bénédiction.
    L’ami est mon compagnon.
    Le voisin est mon frère.
    L’avenir est ma promesse.
    L’ordre est mon sentier.
    La perfection est ma destinée.
    La nature est ma mère.
    L’éternité est mon royaume.
    La pensée est ma demeure.
    L’amour est ma loi.
    La conscience est mon guide.
    L’expérience est mon école.
    La difficulté est mon stimulant.
    La douleur est mon avertissement.
    La lumière est ma réalisation.
    L’adversaire est mon instructeur.
    La lutte est mon occasion.
    L’équilibre est mon attitude.
    La beauté est mon idéal.